L’activité d’un explorateur ne consiste plus comme d’aucun pourrait encore le penser, à organiser de grandes expéditions vers de lointains pays, des continents perdus où des tribus peinturlurées, empoilées et emplumées, se livrent à des sacrifices sanglants, des rituels démoniaques et magiques, qui font frétiller d’aise nos anthropologues de service.
Il nous faut sans regret, accrocher la quincaillerie de cette panoplie en forme de casque colonial à la penderie des aventures mitées ou aux vestiaires des littérateurs et des téléspectateurs exotisés.
Je préfère quant à moi, les activités exploratoires qui s’exercent dans le territoire banal et hétéroclite du quotidien, dans la cartographie complexe de nos paysages mentaux. A deux pas de chez soi.
Michel Calandre a choisi depuis longtemps de “s’enferrer” dans l’inextricable jungle des objets. Le surplus, le déchet, la déjection, le désoeuvré, le déclassé architecturent son exode.
C’est un explorateur du tas.
Pour un travail de cueillette, toujours recommencé, qui trouve ses mobiles dans le mystère de la profusion anarchique.
Sans coolies et sans machette, notre explorateur multiplie ses incursions, son immigration à la frange des villes, à la périphérie du fonctionnel et de l’utile, dans le “no man’s land” du fonctionnel et du déshérité.
Il ignore superbement l’acte de soustraction de l’archéologue guindé, la méthode de la division du classificateur méticuleux qui dissèque et dépoussière la machinerie des objets. Cette arithmétique n ‘a pas de place dans ses bagages.
Par contre il se complait dans le brassage et la luxuriance de l’addition, le débordement de la multiplication, là où les formes, les textures, les couleurs, les odeurs se conjuguent pour tracer le parcours de la variété à la variation.
Au camp le soir, sous la tente de son imaginaire, il entrecroise lentement les strates de ses émotions, de ses souvenirs, de ses images mentales, de son odyssée, avec les strates de significations à multiples facettes de sa récolte. Il utilise pour cette activité fabricatrice une sorte de colle médiumnique dont il est seul à connaître la composition.
Alors à travers ses assemblages, se constitue un nouveau puzzle, proposant des explorations inédites, des excursions gigognes dans le cadastre du souvenir tendre, dans le champ miné des pièges de la mort, à travers le drame grimaçant de l’animalité, sur le sentier sinueux de l’ironie malicieuse ou dans les plis d’un érotisme troublant du dessous.
Partout notre explorateur nous guide en cordée à la fois présent et étrangement absent.
Depuis je suis obsédé par la curieuse relation qui existe entre les termes scaphandre et calandre.
Le premier signifie littéralement “homme-barque” et le second “homme-corde”.